Sommaire - Informations sur le télétravail - Réseau de télétravailleurs




- 34 -
LE TELETRAVAIL A L'HEURE DU CHOC DU FUTUR
C'était l'époque où Michel Godet, conseiller scientifique auprès du mi-
nistre de la Recherche et de la Technique, pouvait écrire en 1984 dans
un article intitulé "Du virage technologique au virage social" : "Mal-
heureusement il apparaît que le changement social indispensable pour
sortir des crises n'est guère stimulé par le changement technique."
La société de l'information entre dans une crise technologique dont
elle n'a pas encore saisi la portée. Pour l'immédiat, cette crise s'ex-
prime par la crainte des changements de l'ordre établi : le télétravail n'a
pas la cote. Rien à voir avec les thèses positives d'Alvin Tofler dans le
Choc du futur
puis dans la Troisième vague pour entreprendre à
domicile et qui séduisent les Américains dans les années 80. Les
grandes compagnies, y compris aux Etats-Unis, ne font pas autre chose
que délocaliser des activités à faible valeur ajoutée. Si les "Bells
Companies" du monde entier s'intéressent à ces formes de délocalisa-
tion promues par le télétravail, c'est qu'elles justifient d'autant l'utilisa-
tion de leurs réseaux publics ou privés de télécommunications.
Dans ce contexte, les années 80 s'intéresseront surtout aux différentes
façons de modifier le "contrat entre la personne et l'entreprise". Les
thèses relatives à l'Entreprise du troisième type font évoluer son mode
de management et de fonctionnement. Par ailleurs, l'Entreprise dé-
couvre qu'elle doit envisager l'utilisation des NTIC à des fins stratégi-
ques. Face à ces nouvelles priorités, la "délocalisation du travail", prô-
née par le télétravail, est bien loin de s'inscrire dans les préoccupations
du management. L'idée du télétravail va connaître une période diffi-
cile caractérisée par :
- un secteur tertiaire qui n'était pas encore prêt à remettre en cause ses
organisations,
- la constitution d'un front du refus du télétravail.
Un tertiaire pas encore prêt à mettre en cause ses organisations
L'impact des NTIC n'a pas d'équivalent dans notre histoire. Sous la
pression de l'offre technique et de la baisse des coûts d'accès, il aura
suffit d'une vingtaine d'année, 1970-1990, pour qu'elles bouleversent
profondément les règles du jeu du travail, les stratégies des entreprises,
les priorités politiques et économiques des nations. Il aura fallu plus
d'un siècle pour façonner les organisations industrielles qui ont
contraint les individus à l'utilisation coordonnée des équipements de
production. La modernité ne se décrètant pas, il faudra bien plus de
vingt ans pour remettre en question les organisations post-indus-
trielles qui perpétueront encore pour quelque temps les pratiques