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LE TELETRAVAIL A L'HEURE DU CHOC DU FUTUR
du travail. Pour les syndicats, le risque de la démassification déjà
évoqué et surtout celui de la "perte supposée des acquis sociaux"
bloquent toute innovation. Chacun oublie que ces acquis, notre société
les doit d'abord au progrès technique qui a révolutionné le travail et par
contre-coup le développement économique. C'est pour l'avoir démon-
tré que le professeur américain Robert Solow recevra le prix Nobel
d'économie en 1987.
Les protagonistes figés dans les réflexes de la lutte de classe de la
société industrielle n'ont pas encore compris que ce sont surtout les
cadres et assimilés - cols blancs - qui vont être confrontés à l'intensifi-
cation croissante des usages des NTIC. La structure du tertiaire s'est
complètement transformée en une dizaine d'années. Dans le secteur
bancaire par exemple les employés sont passés, entre 1979 et 1989, de
42,7% à 23,4%, alors que les gradés passaient de 43,9% à 58,7% et les
cadres de 13,4% à 17,9%. Cette évolution se poursuit. On en devine
aisément les conséquences sur les coûts salariaux et l'impérative
nécessité d'améliorer leur productivité. Durant cette période
1980/1990, le télétravail dans son acception la plus large de "délocali-
sation du travail", grâce aux NTIC, va se développer mais sous d'autre
formes que celles imaginées au départ.
Du mythe à la réalité : la découverte des enjeux
Le contexte de crise économique - 1970/1980 - déclenchée par celle du
pétrole a imposé la rigueur économique dans les entreprises. Ces der-
nières étaient confrontées plus que jamais à la nécessité de maîtriser
leurs coûts et d'obtenir plus de flexibilité de leurs ressources humaines.
S'agissant du télétravail, on pourrait en conclure que son insuccès était
dû à la crainte de déstabiliser le système en place et de rendre plus aigus
les problèmes classiques d'organisation. Difficile d'en être convaincu,
vu le faible impact numérique du phénomène. Si la crise technologi-
que associée à celle du travail durant la même période faisait passer le
télétravail au second plan, jamais on n'a autant délocalisé le travail et
amené les personnes à travailler à distance que durant cette décennie.
Pour l'observateur, ce qui est frappant, c'est le peu de visibilité laissée
sur les enjeux réels, ceux essentiels de la sanction économique. Les
raisonnements sur le télétravail sont endogènes : on y réfléchit et on y
argumente dans le cadre d'un système de valeur interne, à la limite de
l'égotisme. En fait, faute de pouvoir concilier la logique économique
avec la logique des partenaires sociaux, nous verrons que le télétravail
va se développer ailleurs que dans le cadre imaginé à ses origines.